Dossiers sur les cartes bancaires rechargeables
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Les cartes prépayées font le bonheur des escrocs

Fonctionnement. L’arrivée des cartes prépayées, sur le marché français, date de février 2012. Si, en apparence, elles ressemblent comme deux gouttes d’eau aux cartes bancaires traditionnelles, la différence notable réside dans le fait que le nom de son possesseur n’est pas gravé dessus : complètement anonyme, elles ne sont reliées à aucun compte bancaire. Vendues par n’importe quel bureau de tabac ou relais de presse, elles sont affiliées aux réseaux internationaux Mastercard ou Visa et peuvent être facilement rechargées. Pour cela, il suffit de donner l’argent à son buraliste qui délivre, alors, un ticket relatif à la somme versée, puis de transmettre le numéro via SMS ou Internet pour que l’argent soit directement crédité sur la carte. A partir de ce moment, ces cartes prépayées peuvent être utilisées, comme leurs homologues bancaires, pour payer des achats ou retirer du liquide dans les distributeurs de billets.

Cible. Depuis que les sociétés non bancaires ont reçu l’autorisation de Bruxelles d’émettre cette nouvelle monnaie électronique, de nombreuses entreprises et start-up ont émergé, comme PCS (Prépaid Cash Services), Transcash, Ultreia ou encore Tonéo, prélevant, à chaque transaction, une commission de 5 à 7 % du montant. Leur cible est vaste et s’appuie sur les millions de personnes ne possédant pas, ou ne pouvant pas obtenir de compte bancaire. Par ailleurs, ces entreprises souhaitent également attirer dans leur filet, les travailleurs immigrés soucieux de virer facilement de l’argent à l’étranger, les adolescents en séjour linguistique, les petites sociétés désirant simplifier la gestion de leurs notes de frais, etc.

Les risques inhérents à l’usage des cartes prépayées

Malheureusement, les risques de fraude, de financement du terrorisme ou d’évasion fiscale sont réels. Selon le commissaire divisionnaire Jean-Marc Souvira, chef de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière, « nous avons commencé à en trouver dans les poches des dealers, dès février 2011 ». Mais ils ne sont pas les seuls. Déjà, des enquêteurs ont arrêté des receleurs ou des bijoutiers se servant de ces cartes prépayées pour acquérir de la marchandise volée. Sans parler des plaintes d’internautes, arnaqués par ces cyberescrocs d’un nouveau genre. Cependant, « si les acheteurs créditent directement des cartes anonymes, on ne peut absolument rien faire pour récupérer l’argent », souligne Jean-Marc Souvira.

Pour contrer les escroqueries, les sociétés comme CreaCard en France, n’acceptent plus les virements d’argent et limitent le « chargement » à 250 €, au lieu de 6 500 € auparavant et le renouvellement à 450 € par jour. Malgré ces précautions, le risque demeure selon le commissaire, car « pour un réseau organisé, ce n’est pas vraiment un obstacle». Le blanchiment ou le transfert peut s’opérer sur des dizaines ou des centaines de cartes, créditées par autant de téléphones anonymes.

Estimant le risque réel, Tracfin, la cellule antiblanchiment de Bercy a décidé de créer un groupe de travail spécifique à ce problème. En effet, si ce marché est encore « timide », avec ses 150 000 cartes vendues et sa cinquantaine de millions d’euros de transaction, la situation risque fortement d’évoluer – voire d’exploser – d’ici 3 ans.

Source : Dossier « Cartes de paiement prépayées, les escrocs leur disent merci »  du magazine Capital du 23 février 2012